LES ÉMOTIONS ET LES MOTIVATIONS

LES ÉMOTIONS ET LES MOTIVATIONS

L’Être Humain est un ensemble complexe. Son coeur et son cerveau sont régulièrement les lieux où émotions et motivations se bousculent et s’entrechoquent.

De nombreux philosophes et psychologues ont étudié, analysé et décortiqué ces deux comportements.

Marc-Aurèle (121- 180) – Empereur Romain

Pendant des siècles, les émotions étaient considérées comme un frein au total accomplissement de l’action, pour l’homme.
Nombre de théoriciens prodiguaient la régulation, voire même la totale annihilation des émotions, afin que l’Homme puisse entrer dans une Action totalement libre.

L’Empereur Romain Marc-Aurèle, qui s’inscrivait dans le mouvement philosophique du stoïcisme et qui avait suivi les enseignements de Zenon, Epitète et Sénèque, fût l’un des premiers à appliquer leurs principes.
Cette pensée millénaire distinguait d’un côté les choses sur lesquelles nous avons un moyen d’action et sur lesquelles nous devons concentrer nos efforts. Et d’un autre côté les choses sur lesquelles nous n’avons aucune prise, qui ne dépendent pas de nous et qu’il est vain de vouloir contrôler. Mais au contraire que nous devons accepter.
Sa célèbre prière reprend ces principes :

Ô Dieux ! Donnez-moi
le courage de changer ce qui doit être changé,
la patience de supporter ce qu’il m’est impossible de changer
et la sagesse de distinguer l’un de l’autre.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Stoïcisme

Preuve en est, dans notre vocabulaire, le mot « stoïque » désigne une personne sur laquelle la peur, la colère , le stress n’ont aucune emprise et qui reste totalement fixée sur ses objectifs.

C’est ainsi que ces notions d’émotions et de motivations se sont vues scindées, dissociées afin de pouvoir avoir la maitrise de nos actions et de nos capacités d’entreprendre.
Descartes lui-même le disait dans « le discours de la méthode », où il s’inscrivait dans l’idée que « tout choix authentique, ne peut s’effectuer qu’au moyen d’un entendement éclairé, […] capable de faire passer au second plan les réactions affectives ».
Entendez donc que toutes actions libres, se doivent de se réaliser sans émotions.
Pensée qui aujourd’hui peut passer pour totalement inconcevable.

Portrait of Aristoteles. Copy of the Imperial era (1st or 2nd century) of a lost bronze sculpture made by Lysippos

À l’inverse de tout cela, le philosophe Aristote reconnaissait dans son ouvrage « l’Ethique de Nicomaque », que la colère, correctement utilisée, peut s’avérer utile à l’action morale, lorsqu’elle est motivée par l’injustice ».

D’autres mouvements démontraient qu’émotions et motivations étaient parfaitement liées. Darwin (1872), Scherer (1986) et Lazarus (1991), ont démontré que ces deux comportements ne pouvaient être dissociés et jouaient un rôle prépondérant dans notre pouvoir décisionnel.

Antonio Damasio, professeur de neurologie, neurosciences et psychologie, dont les études mettent en avant les relations étroites entre émotions et processus cognitifs, a démontré par ses travaux que l’homme en tant qu’être émotionnel applique ses actions et ses motivations en totale cohérence avec ses émotions.
Nos émotions sont des guides pour nos prises de décisions et la mise en place de nos actions.Sans émotions nos choix se révèleraient incohérents, voire même non nous retrouverions dans des situations où il serait impossible de choisir, donc d’agir en pleine conscience.

Tout cela reste le côté philosophique, psychologique et neurologique de ces deux comportements. Ce ne sont que des réflexions purement intellectuelles.

Mais qu’en est il dans le milieu professionnel ? Comment pouvons nous interagir dessus? Et comment intégrer ces réflexions et pensées, afin que le salarié soit dans cette position de plein conscience de ses émotions, pour pouvoir agir de manière cohérente et efficace ?

Le Taylorisme et l’Ecole des Relations Humaines sont les début des différentes théories des besoins et motivations.

On y retrouvera de célèbres théoriciens tel qu’Abraham Maslow ou encore Frederick Herzberg.
La fameuse pyramide de Maslow, fût longtemps la base de réflexions pour de nombreuses entreprises, dans la gestion de leurs ressources humaines. Mais elle aussi ses limites.

Selon Maslow, cette pyramide hiérarchise les différentes motivations de l’être humain. La première étant les besoins physiologiques (se nourrir, boire, dormir, respirer, …), suivaient les besoins de sécurité, puis ceux d’appartenance et d’amour, les besoins d’estime et de confiance, pour enfin terminer par le degré le plus élevé , les besoins d’accomplissement de soi.
Et pour lui, l’Homme ne pouvait passer au degré supérieur, que s’il avait totalement assouvi le degré inférieur.

Abraham Maslow (1908-1970)

Certes cette théorie avait ses réalités mais elle a aujourd’hui de nombreuses limites.
A aucun moment, Maslow ne parle de la confiance, de la motivation d’apprendre ou de la soif de connaissance.
Maslow avait pour une vision plutôt large de ce processus. Nous pourrions dire que c’était une « Macro-vision ». Alors que l’Homme dans toute sa complexité, a nécessité d’être étudié sur ces sujets en « Micro-vision ».
De plus certaines personnes auront des besoins bien plus importants qui les pousseront à agir, alors même que le besoin inférieur n’a pas été validé.

Chaque Homme est unique et il sera difficile de le faire entrer dans des cases. Ces théories sont trop restrictives, trop fermées. Elles mettent l’Humain dans un carcan.
Nous sommes bien plus complexe que cela. L’intensité de nos besoins est répartie de manière différente. Chaque passage entre deux degrés de la pyramide peut se faire de manière progressive. Il n’est pas nécessaire de répondre à 100% à un besoin pour passer au stade supérieur.
Dans certaines situations, des besoins supérieurs peuvent se présenter alors que d’autres ne sont pas totalement assouvis.
Ces moments extraordinaire que nous venons de vivre ont amené certaines personnes à pousser à son paroxysme le besoin d’estime , tout en mettant de coté leur besoin de sécurité.

La pyramide de Maslow reste cependant une théorie simple et facilement assimilable, qui offre une vision somme toute généraliste mais qui permet de comprendre les bases des motivations de l’Être Humain.

Il sera donc intéressant d’y adjoindre d’autres théories et notions, pour nous permettre d’avoir cette « Micro-vision » pour ces deux comportements entremêlés que sont nos émotions et nos motivations.

Un prochain article s’attardera sur les motivations de Spranger et la méthode DISC qui sont une des solutions pour une approche plus fine et plus précise afin de mieux comprendre notre fonctionnement.

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